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Dalia planta avec rage son couteau de boucherie dans la planche à découper. L'impact fut si violent que la planche, pourtant épaisse de trois centimètres, se fendit en deux dans un craquement sec. Derrière son comptoir, la jeune serveuse s'impatienta. Embrasé par un élan de colère soudaine, Dalia projeta-le tout au plancher. Elle qui pourtant était d'une nature si respectueuse, brisait maintenant le matériel sans aucun remord. L'auberge pouvait bien s'écrouler, qu'elle en serait que plus heureuse. Malheureusement, les immenses poutres du bâtiment centenaire restaient sourdes à ces désires. Mais peut-être qu'avec l'aide de quelque coup de couteau... fantasma Dalia. Elle n'en pouvait plus de travailler ici, cette auberge était en train de la tuer à petit feu. À chaque jour ce travail devenait de plus en plus insupportable. De l'air, elle voulait de l'air, elle asphyxiait ici. Elle n'était plus capable de cette routine accablante, de cette vie emmurée, de jouer le rôle de la gentille serveuse et d'endurer tous ces ivrognes malpropres. Cette rage accumulée en-elle depuis des années créait une intense pression sous son cerveau, et tel un volcan, elle s'apprêtait à exploser. - {???} Mademoiselle! Mademoiselle! Pardonnez-moi! - {DAL} QUOOOI? cria rageusement Dalia qui bouillait d'une colère intérieur.
En se retournant, elle regratta sa brusque intervention. Se trouvait devant-elle, un frêle vieillard assit sagement au comptoir. Un chapeau étrange trônait sur sa tête, et une longue barbe blanche coulait de son visage. - {DAL} Pardonnez-moi, je ne suis pas tout à fait dans mon assiette aujourd'hui, s'excusa Dalia. - {NPC} Bhaaa, pas de problème, je comprends, répondit aimablement le vieil homme. Pour moi aussi ce n'est pas une journée facile. - {DAL} Qu'est-ce que je vous sers alors? demanda la jeune serveuse qui reprenait contrôle d'elle. - {NPC} Une cervoise bien froide me ferait le plus grand bien. - {DAL} Désolé, mais on n'a que de la tiède ici, répondit Dalia. - {NPC} Vraiment? s'assura le vieillard stupéfait. Il faudrait que j'en glisse un mot à l'aubergiste... Bien, j'imagine que la tiède fera l'affaire dans ce cas.
Pour une fois qu'un client ne lui criait pas après, elle alla le servir presque avec joie. Le vieil homme se saisit du buque et le porta à sa bouche, humectant du coup sa longue barbe. - {NPC} Oui, aujourd'hui est un grand jour pour moi, confia le nouvel arrivant.
Bon, un autre qui s'apprêtait à lui raconter en détails les déboires de sa misérable vie, l'éternelle histoire que Dalia connaissait par coeur. Enfance malheureuse, blablabla, grand amour blablabla, perte du grand amour, blablabla, accident malheureux, blablabla, perte du travail, blablabla, déprime totale. Et le tout finissait habituellement par une demande en mariage, si la cervoise ne l'avait pas déjà endormie. - {NPC} Oui, aujourd'hui je prends ma retraite, confia le vieillard d'un air convaincu.
Sur ces mots, il leva un gros sac d'équipement qu'il laissa choir lourdement sur le comptoir. - {NPC} Je n'aurais plus jamais besoin de ça maintenant, ma carrière de guerrier est terminée!
Les yeux de Dalia s'ouvrirent tout grand. Venaient de tomber sur le comptoir, une longue épée, un petit bouclier, une armure de cuire, des gants en cote de maille, ainsi qu'un casque, à moins qu'il s'agissait d'un bol à soupe. Les pièces d'équipement n'étaient visiblement plus de premier age, mais tenaient quand même la forme. Dalia voyait l'usure comme une marque de fidélité, l'outil qui s'adapte à la main de son maître pour être plus confortable. Le regard médusé de la serveuse ne pouvait plus quitter la poigne de l'épée. - {DAL} Puis-je toucher? demanda-t-elle prudemment. - {NPC} Bien sure, allez-y. Cette épée m'a été fidèle bien des années, maintes épreuves avons-nous traversées ensemble. Il ne s'en fait plus des comme ça de nos jours.
Dalia avança une main avec précaution. Au contact de ces doigts contre la poigne de l'épée, une petite décharge parcourue tout son corps. Ce fut une révélation. Jusqu'à aujourd'hui, Dalia n'avait jamais mit la main sur une épée, et désormais, elle ne pourrait plus jamais la retirer. La lame devenait l'extension de son bras, les moindres vibrations de l'acier parcouraient tout son corps. Pour la première fois dans sa vie, elle se sentait à sa place. Toutes les cellules de son organisme vibraient à l'unisson, elle n'était pas faite pour tenir un torchon, mais une épée. - {NPC} Elle vous va comme un gant, commenta le vieillard avec fascination.
Dalia fendit l'air de quelques mouvements instinctifs. - {DAL} Vous trouvez? demanda-t-elle à moitié consciente. Vous prenez vraiment votre retraite? - {NPC} Oui, certainement, c'est décidé. Je suis bien trop vieux pour me battre à l'épée. Regardez-moi! Le dernier adversaire que j'ai provoqué en duel m'a envoyé manger une soupe. Je vous le dis, plus personne ne vous respecte lorsque vous n'avez plus de dent. - {DAL} Et vous n'avez plus besoin de votre équipement? demanda Dalia avec empressement. - {NPC} Non, non, elle ne me sera plus d'aucune utilité, j'abandonne le métier. - {DAL} Est-ce que vous me la vendriez? implora pratiquement la serveuse. - {NPC} Bien, ce n'est pas tellement l'homme qui choisie ses armes, mais l'arme qui choisit son homme, ou sa femme, pardon. Je dirais que l'épée vous a adopté. - {DAL} Combien? - {NPC} Il serait triste de laisser cette bonne épée rouiller contre le mur d'un foyer, je crois qu'elle a encore beaucoup de bonne année à vivre. Je vous échange-le tout contre un gros bol de soupe chaude, et la promesse de leur faire très attention. Sans dent, ça n'est pas facile de manger autre chose vous savez?
Dalia alla dans la cuisine et rapporta une grosse marmite de soupe qu'elle déposa sur le comptoir. Sous le poids, le comptoir émit un craquement plaintif. Sans s'en rendre compte, la serveuse venait de porter 50 kilos à bout de bras. - {DAL} Tenez servez-vous! dit Dalia en tendant une longue cuillère au vieil homme. - {NPC} Ha, potage aux carottes et navettes, mon préféré. Merci, et bonne chance dans vos aventures.
Dalia saisit l'équipement et sortit de l'auberge sur-le-champ, abandonnant son travail sans un regard en arrière. Libre, elle était libre. Dalia ne s'était jamais senti aussi légère de toutes ça vie, le bonheur envahissait chacune des pores de sa peau. Elle avait littéralement l'impression de voler au-dessus du sol. La voilà parti à l'aventure, finalement. LIBRE! Plus d'auberge, que le ciel et les montagnes. À l'assaut monde cruel et sauvage, voila Dalia La Justicière qui arrive. Sans pouvoir attendre, elle enfila l'armure, les gants, le bouclier et le casque, puis décida de laisser tomber le casque. Elle en trouverait certainement un autre plus élégant en chemin, mais le reste y allait parfaitement. Excellent pensa Dalia. Un dernier passage par sa demeure, et elle serait fin prête pour se lancer à l'aventure. À l'abordage monde d'aventure!
Si Dalia n'avait pas été aussi enthousiasmée, elle aurait peut-être remarqué que le vieux guerrier était beaucoup plus petit qu'elle, donc qu'il était plutôt étonnant que la veste de cuire soit aussi bien ajustée. Et si elle aurait eu la moindre notion de couture, elle aurait été encore plus surprise par le fait que la veste s'adaptait parfaitement à ces formes féminines
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