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Gaëlle assit seule au sommet d'un arbre, observait avec grande attention un étrange animal accroché sous une branche. Il était laid, vraiment laid! Tout son corps était couvert de poils raides infestés de parasites. Ses bras, tout aussi long que ses jambes, se terminaient par de longues griffes encrassées. Et son visage, que pouvait-on en dire? On pouvait dire qu'heureusement, il était entièrement couvert de poils. Accroché par les griffes de ses pieds et de ses mains, il restait suspendu nonchalamment sous la branche. Cela réconforta un peu Gaëlle, au moins, elle n'était pas la seule horreur de la forêt, il y avait de la concurrence. Peut-être qu'après tout, son sort n'était pas si terrible. Avec un peu d'entretien, elle arriverait peut-être à donner un peu de lustre à sa nouvelle toison. Et une visite quotidienne chez le barbier, l'aiderait peut-être à se débarrasser de ces longues moustaches. Mais non, c'était absurde, elle était un monstre et y resterais. On l'avait chassé de son village, personne ne voulait d'elle. Son sort la condamnait à vivre seule dans la forêt. Vivre, c'était justement sa préoccupation principale désormais. La brûlure de sa blessure à l'épaule était toujours là pour lui rappeler les récents évènements. Palin lui avait assuré qu'elle guérissait rapidement, ce qui n'était qu'un faible réconfort. Gaëlle n'aimait pas être blessé, détestait avoir mal, et paniquait à l'idée de mourir. C'était pourtant ce que d'ignobles individus cherchaient à faire. Mais pourquoi s'en prenait-on à elle de la sorte? Étais-ce pour avoir volé quelques tartes afin de se nourrir? Cette réaction semblait plutôt exagérée. La réelle motivation devait être plus évidente, on la chassait tout bonnement parce qu'elle était un monstre. Mais d'une manière où d'une autre, elle était certaine qu'un tel sort, elle ne le méritait pas. L'étrange animal décida finalement de bouger. Son bras droit se déplaça vers l'avant avec une lenteur exubérante. Au moins, une chance qu'elle était plus rapide que ce gros lourdaud, sinon on l'aurait depuis longtemps mit au tapis. À cet instant, un bruit étrange capta son attention. Dans la seconde suivante, une assourdissante déflagration retenti tout près. L'arbre tangua brusquement projetant Gaëlle au sol 10 mètres plus bas. Ses réflexes naturels la firent atterrir sur ses jambes avec une agilité toute féline. Son cerveau passa instantanément en mode agressif. Avant même de comprendre ce qui se passait, son pied alla faucher les genoux d'un homme à sa gauche. Cette fois ils étaient sept, l'entourant de leur lance et de leur épée. Gaëlle paniqua, elle allait y passer cette fois, c'était certain. Ce fameux instinct animal revient sournoisement à la charge dans un recoin de son esprit. Elle allait perdre le contrôle d'un instant à l'autre, elle le sentait. Un brigand décida soudainement de charger Gaëlle à la lance. Pivotant sur elle-même pour éviter la pointe d'acier, les petites mains puissantes de Gaëlle saisirent au passage le bras du brigand et le propulsèrent plusieurs mètres dans les airs. Au bout de sa trajectoire, son corps alla s'écraser lourdement sur un tronc. Se retournant face à ses agresseurs avec défis, elle émit un effrayant hurlement qui eu pour effet immédiat de faire reculer ses assaillants de plusieurs pas. C'est alors qu'apparue derrière le groupe, un vieil homme au port impérieux, habillé d'une longue toge bleue et noire. Les brigands s'écartèrent craintivement hors du passage de l'étranger, qui s'avança avec détermination en direction de Gaëlle. Le vieil homme la fixait d'un implacable regard noir aussi dur que glacial. La jeune lycanthrope resta pétrifiée sous ces yeux perçants, prisonnière de cet envoûtement machiavélique. Venant totalement rompre le charme de la scène, un caillou sortant de nulle part, fila droit en direction de la tête du vieil homme. Mais plutôt que de le frapper, le caillou rebondit avec un éclat lumineux à quelques centimètres de sa tête. Le vieil homme leva un regard dans l'arbre, tandis qu'un lutin tomba sur le sol. S'interposant entre Gaëlle et son assaillant, Palin interrompit la scène dramatique en imposant sa petite voie aiguë. - {PAL} Je vous interdis de faire du mal à mon ami. Il faudra me passer sur le corps... Ok, je suis peut-être petite mais...
Mais Palin n'eut jamais le temps de finir sa phrase. Déployant promptement sa main, le magicien projeta un terrifiant rayon lumineux qui alla frapper le petit lutin en pleine poitrine. Foudroyé de plein fouet, Palin alla rouler par terre à plusieurs mètres de là. Gaëlle suivit la scène avec un regard horrifié. Le corps de Palin inerte, resta étendu au sol. Ce n'était pas réel, tout ça ne pouvait pas être vrais, son esprit refusait d'y croire. Pourquoi s'en prenait-il à Palin, il n'avait rien fait-lui. C'était elle que l'on chassait. C'était elle le monstre. Une soudaine vague de rage submergea son être. L'instinct animal qu'elle tentait de contenir depuis si longtemps, s'apprêtait à exploser. En furie, elle allait se lancer sur le vieil homme pour le mettre en charpie de ses propres mains. Mais au moment de lever le pied, celui-ci refusa de bouger. Le vieux magicien, toujours debout à quelques mètres d'elle, tenait calmement entre ses mains, un cristal d'où émanait une lueur rouge. Les yeux clos, ses lèvres psalmodiaient une suite de syllabe incompréhensible. Gaëlle jeta un coup d'oeil à ses pieds, ils étaient figés dans un amas de glace. Tirant de toutes ses forces, elle tenta de défaire l'emprise, mais rien à faire, la glace tenait bon. Au-delà de tout état de panique, le masque de la terreur commença à lui embrouiller l'esprit. Le bloque de glace se propagea rapidement autour de ses jambes. Maintenant couverte jusqu'à la taille, Gaëlle avait cessé de lutter, tous ses efforts ne pouvaient rien contre cette magie. Dans quelques secondes, la glace l'aura entièrement recouverte. C'était la fin, cette fois. Gaëlle regarda monter inexorablement la glace autour de son coup. C'est avec grande tristesse qu'elle sentit les premiers cristaux venir lui sceller les lèvres. Alors c'est ainsi que son histoire s'achevait, c'était injuste, tout comme l'avait été sa vie. Une larme coulant de son oeil se cristallisa sur sa joue. La jeune lycanthrope ferma les yeux pour laisser la glace lui couvrir la tête.
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