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Filius aida une jeune femme à s'allonger sur son lit. Elle en n'avait plus pour très longtemps. Ce qui est terrible avec la peste, c'est qu'elle s'attaque autant au jeune qu'au vieillard. Il s'agit certainement de l'une des infections les plus vicieuses que le monde n'a jamais connu. Et comme si ce n'était pas assez, l'agonit est longue et terrible. Le malade souffre pendant des mois en voyant sa santé se détériorer tranquillement. En générale, la triste fin est inévitable. Dès les premiers symptômes, la victime se savait condamnée. C'est un peu ce que lui-même avait vécu lors de sa mystérieuse infection. Aucun sage n'ayant pu déterminer la nature de son mal, on avait donc condamné son sort. Mais inexplicablement, la maladie avait refusé de lui prendre la vie, préférant lui laisser un corps faible et hypothéqué. La raison de son mal et de sa guérison restait encore un mystère total. Tant de chose dans ce monde ne trouvait pas de réponse. Des réponses que Filius cherchait symboliquement, avec plus ou moins d'espoir. La dure et cruelle réalité lui revient alors à l'esprit. Filius se pencha pour récupérer un contenant au sol. Délicatement, il aspergea les pansements de la souffrante d'un liquide brumeux. Il s'agissait d'un remède apaisant concocté à base de pétales de rose et de feuille de tilleul. N'ayant pu trouver de rose à proximité de ce village, Filius avait substitué l'ingrédient principal par les pétales une autre fleure quelconque. Il espérait vivement que l'effet n'en soi pas trop altéré. Du moins, les patients semblaient apprécier. Depuis qu'il était arrivé, il avait soigné une vingtaine de personnes, posant des pansements, appliquant son remède ou tout simplement en aérant les chambres. Maintenant qu'il y repensait, Filius était étonné par tous ses accomplissements. Lui qui était si épuisé sur la route, revivait une monté d'énergie spectaculaire. Même la douleur à ses jambes ensanglantées avait été temporairement oubliée. Ce survoltage de vitalité pouvait être comparé à l'effet produit par la potion magique de Reis. À chaque fois que Filius aidait les gens en difficulté, il ressentait cette surdose d'énergie qui lui permettait d'accomplir ces exploits surhumains. Cela était quand même ironique. Il se sentait vivant uniquement que lorsqu'il se portait au secours des mourants. À cet instant, la femme étendu expira sa dernière bouffée d'air. Filius sentit un fort pincement au coeur. Pourquoi ce monde était si cruel? De la main, Filius ferma les yeux de la défunte et trace le signe de croix à son front. Mais que venait-il de faire! Il avait bannit dieu de son esprit il y a déjà fort longtemps. Était-ce par réflexe alors? Certainement pas, ce geste il ne l'avait encore jamais commis. - {REI} Il faudrait peut-être te reposer un peu, suggéra la voix de Reis.
Filius sursauta à cette introduction inattendue. Immobile derrière lui, Reis attendait patiemment. Depuis combien de temps était-il observé ainsi? À leur arrivé dans la ville, Reis s'était fait très discret, se contentant de jeter un coup d'oeil à Filius de loin. Peut-être avait-il peur d'attraper la peste? Ou peut-être que fidèle à son habitude, il jouait le rôle de l'observateur impartial. - {FIL} J'aurais encore quelques maisons à visiter. Après nous allons pouvoir y aller, concéda Filius.
Reis se retira sans dire un mot. Mais avant de franchir le cadre de porte, il ajouta. - {REI} Tu ne devrais pas avoir honte de tes pensés instinctives. Parfois, il est vain de chercher des réponses logiques là où doit régner la foi.
Tel qu'a son habitude, Reis avait semé plus de question que de réponse dans l'esprit déjà tourmenté de Filius. Toutes ces interrogations méritaient une profonde période de réflexions. Mais ces réflexions devront attendre une autre fois, car plusieurs mourants avaient besoin de son aide, et cela ne pouvait pas attendre.
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